Mon cĆur s’est arrĂȘtĂ© net. LĂ , sur le quai bondĂ© de la gare, assis calmement comme s’il m’attendait depuis toujours, il y avait Max. Mon Max. Cinq longues annĂ©es s’Ă©taient Ă©coulĂ©es, mais je l’ai reconnu instantanĂ©ment.
Ses oreilles lĂ©gĂšrement tombantes, cette tache blanche sur la poitrine, cette façon de pencher la tĂȘte quand il observait quelque chose. Rien n’avait changĂ©. Ou presque.
J’ai lĂąchĂ© ma valise. Elle a fait un bruit sourd sur le sol. Les gens continuaient Ă passer autour de nous, pressĂ©s, indiffĂ©rents. Pour moi, le monde venait de s’arrĂȘter.
« Max ? » ai-je murmurĂ© d’une voix cassĂ©e.
Ses oreilles se sont dressĂ©es. Il a tournĂ© la tĂȘte vers moi. Ses yeux, ces yeux que je connaissais par cĆur, se sont fixĂ©s sur mon visage. Pendant une seconde qui a durĂ© une Ă©ternitĂ©, il n’a pas bougĂ©. Puis sa queue a commencĂ© Ă remuer lentement. De plus en plus fort.
Je me suis approchĂ©, les jambes tremblantes. Il s’est levĂ© d’un bond, comme s’il avait dix ans de moins. Il n’a pas aboyĂ©. Il n’a pas sautĂ© partout comme avant. Il est venu vers moi tranquillement, presque solennellement, et a posĂ© sa tĂȘte contre ma jambe.
J’ai fondu en larmes. LĂ , au milieu de la gare, sans aucune honte. J’ai caressĂ© son pelage, toujours aussi doux, et j’ai senti son odeur familiĂšre. Comment Ă©tait-ce possible ? Qui l’avait amenĂ© ici ? Qui l’avait gardĂ© pendant tout ce temps ?
Autour de son cou, un collier simple en cuir usĂ©. Pas de mĂ©daille. Rien qui puisse m’indiquer d’oĂč il venait. Juste un vieux bout de ficelle attachĂ© Ă un anneau, comme si quelqu’un l’avait laissĂ© lĂ Ă la hĂąte.
J’ai regardĂ© partout. Personne ne semblait le chercher. Pas de propriĂ©taire paniquĂ©, pas de laisse traĂźnant par terre. Max Ă©tait seul. Comme s’il avait choisi ce moment prĂ©cis pour rĂ©apparaĂźtre dans ma vie.
Je me suis accroupi, j’ai pris sa tĂȘte entre mes mains et je l’ai regardĂ© longuement. Il me fixait avec cette intensitĂ© calme qu’il avait toujours eue. Comme s’il me disait : « Je suis revenu. »
Les souvenirs ont dĂ©ferlĂ©. Nos balades au parc, les soirĂ©es oĂč il dormait au pied de mon lit, cette façon qu’il avait de me consoler quand ça n’allait pas. Cinq ans volĂ©s. Cinq ans de questions sans rĂ©ponses.
J’ai attrapĂ© ma valise d’une main et son collier de l’autre. Il m’a suivi sans hĂ©siter, collĂ© contre ma jambe comme avant. Nous sommes sortis de la gare ensemble. Le soleil couchant baignait la place d’une lumiĂšre dorĂ©e.
Dans ma tĂȘte, mille questions tournaient. Qui l’avait volĂ© ? Comment avait-il survĂ©cu ? Pourquoi aujourd’hui, ici, maintenant ? Je voulais des rĂ©ponses, mais pour l’instant, je n’avais que lui.
Et pourtant, en marchant vers la station de taxis, j’ai senti un regard dans mon dos. Quelqu’un nous observait. J’ai tournĂ© la tĂȘte rapidement, mais il n’y avait personne. Ou peut-ĂȘtre que si ?
Max a poussĂ© un petit soupir de contentement en s’asseyant Ă mes pieds pendant que j’appelais un taxi. Il semblait apaisĂ©. Moi, j’Ă©tais loin de l’ĂȘtre.
Parce que ce retour trop parfait cachait forcĂ©ment quelque chose. Et j’avais le pressentiment que cette histoire n’Ă©tait pas terminĂ©e.