Partie 2 : Le jouet qui murmure
Je suis resté figé sur place, le cœur battant à tout rompre. Le chien, ce même berger allemand au pelage fauve que j’avais vu pour la dernière fois trois ans plus tôt, était assis calmement au milieu du salon. Ses yeux sombres me fixaient avec une intensité presque humaine.
Il avait déposé le jouet à ses pattes. Un vieil ours en peluche usé, avec une oreille déchirée. Je le reconnaissais. C’était le mien, celui que j’avais perdu lors de l’accident.
J’avais fermé la porte moi-même. Verrouillée. Les fenêtres étaient intactes. Aucun signe d’effraction. Pourtant, il était là.
Lentement, je me suis approché. Le chien n’a pas bougé. Il a juste remué la queue une seule fois, comme pour m’inviter. J’ai tendu la main vers le jouet. À l’instant où mes doigts l’ont touché, un frisson m’a parcouru le dos.
Des images ont surgi dans mon esprit. L’accident. La voiture qui dérapait sur la route mouillée. Le chien qui avait surgi de nulle part, aboyant comme un fou pour me réveiller juste avant que le camion ne nous percute. Il m’avait sauvé la vie cette nuit-là, puis avait disparu dans la forêt.
Pourquoi maintenant ? Pourquoi ici ?
Je me suis assis par terre face à lui. Il a penché la tête, comme s’il attendait quelque chose. J’ai murmuré : « Comment es-tu entré, mon vieux ? » Pas de réponse, évidemment. Mais il a poussé le jouet vers moi du bout de son museau.
En le retournant, j’ai remarqué une petite couture ouverte sur le ventre. Quelque chose brillait à l’intérieur. Un morceau de papier plié, jauni par le temps. Je l’ai sorti avec précaution.
C’était une photo. Moi, plus jeune, avec une femme que je ne reconnaissais pas tout de suite. Elle souriait, un bras autour de mes épaules. Au dos, une écriture fine : « Protège-le comme je t’ai protégé. »
Le chien s’est levé. Il a fait quelques pas vers la porte d’entrée, puis s’est retourné vers moi. Son regard était clair : il voulait que je le suive.
J’ai hésité. Dehors, la nuit tombait. Le quartier était calme, comme toujours. Mais quelque chose dans l’air avait changé. Une odeur légère, presque imperceptible, comme celle de la forêt après la pluie.
J’ai enfilé une veste, glissé la photo dans ma poche et pris le jouet. Le chien attendait patiemment. Quand j’ai ouvert la porte, il est sorti sans bruit, trottinant devant moi dans la rue déserte.
Nous avons marché. Il semblait savoir exactement où aller. À chaque croisement, il s’arrêtait, vérifiait que je suivais. Mon esprit tournait à cent à l’heure. Qui était cette femme sur la photo ? Comment ce jouet avait-il survécu à l’accident ? Et surtout, comment ce chien avait-il traversé trois années et une porte fermée ?
Après vingt minutes, nous sommes arrivés devant un petit parc abandonné à la sortie de la ville. Le chien s’est arrêté près d’un banc rouillé. Il a gratté le sol à plusieurs reprises.
Je me suis agenouillé. La terre était meuble. En creusant avec les mains, j’ai senti quelque chose de dur. Une boîte métallique, petite et ancienne.
Le chien s’est assis à côté de moi, calme, presque solennel. J’ai ouvert la boîte. À l’intérieur, une autre photo, plus récente celle-ci, et une clé étrange avec un symbole que je ne connaissais pas.
Mon téléphone a vibré soudain. Un message d’un numéro inconnu : « Tu n’étais pas seul cette nuit-là. »
Le chien a levé les yeux vers moi. Dans l’obscurité grandissante, ses pupilles brillaient d’une lueur que je n’avais jamais vue chez un animal.
Je tenais la clé dans ma main tremblante. Le vent s’était levé, portant avec lui des murmures que je n’arrivais pas à comprendre. Qu’allait-il se passer maintenant ?
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